Rencontre avec Pascal-Alex Vincent à propos de l’atelier Fiction de Variété

« Je fais en sorte que le film ressemble à un film. Non pas à un film étudiant »

Pascal-Alex Vincent, réalisateur et enseignant de l'atelier "Fiction de Variété"

Cet entretien a été mené le vendredi 18 novembre 2022. 

*Les propos de Pascal-Alex Vincent sont en gras et en italique. 

Suite à l’interview de Perrine Boutin, nous avons échangé avec Pascal-Alex Vincent, de son côté à la tête de l’atelier Fiction de variété. Nous commençons l’entretien en évoquant ses attentes par rapport à ses étudiants. J’aimerais déjà qu’ils fassent des bons films. Ça n’a l’air de rien mais c’est de plus en plus difficile je trouve.

Pour autant, depuis deux ans, ses films semblent absents du palmarès… Quand nous lui demandons comment il explique cela, Pascal-Alex nous explique sa théorie sur le sujet. Les étudiants ont cet éternel problème, c’est qu’ils veulent plaire. Toute la problématique est contenue là-dedans. Plaire au public, plaire au prof, plaire à tout le monde. Et à vouloir plaire à tout le monde, on ne plait à personne. Ils veulent que leurs films soient populaires. Mais pour pouvoir produire et “ recracher ” des choses, il faut beaucoup ingurgiter. Il faut lire, il faut aller aux expos, il faut voyager, il faut souffrir en amour… il faut faire des trucs ! Sinon tu n’auras rien à dire. Après les étudiants ont 20 ans… c’est normal, il y a toute la vie.

Il poursuit : Tout le discours que je vous tiens, je leur dis. Mais ils n’entendent pas forcément. Il faut comprendre que l’université apporte et donne quelque chose, un savoir, des connaissances. Pas beaucoup de pratique certes, mais en vérité, apprendre à manipuler une caméra ça prend une demi-journée et c’est super facile. Mais apprendre à avoir quelque chose à dire, c’est autre chose. Avant d’avoir les projecteurs, une équipe de maquillage, des comédiens, il faut… un point de vue. J’ai de plus en plus ce syndrome là dans les films Objectif Censier. Comme je dis tout le temps, l’histoire du cinéma a suffisamment prouvé que les bonnes intentions font systématiquement de mauvais films. Si tes intentions sont plus fortes que le cinéma lui-même, ça ne va pas faire un bon film. Il y a une intention, mais encore ? Après les étudiants.es sont en L3, j’estime qu’ils ont déjà fait une trajectoire. Puis la vertu d’être un atelier et pas un amphi, c’est que ce n’est pas la même écoute. On n’est que vingt donc ils m’écoutent davantage. Parfois je sens qu’il y a un potentiel, mais qu’ils n’ont pas assez réfléchi. Alors je dis “Tu réfléchis encore une semaine et tu reviens avec un nouveau pitch !”.

Quand nous évoquons la vie des films et des étudiants après le festival, celui-ci nous livre une anecdote. Il se trouve que je siège dans plusieurs commissions, à la commission Île-de-France pour les longs-métrages et à la Mission Cinéma de la ville de Paris. A la dernière commission nous avons évalué une quinzaine de projets et j’étais ravi de retrouver un ancien d’Objectif Censier qui va passer la plénière, l’oral ! Pascal-Alex précise bien sûr qu’il a fait attention à ne pas influencer le choix de la commission : Comme je suis un garçon très honnête, j’ai annoncé que je connaissais le candidat au moment où son projet a été mis sur la table…

Dans notre précédent entretien, nous abordions avec Perrine Boutin l’importance du collectif dans la réalisation. Qu’en pense-t-il  de son côté ? Je suis vraiment pour le collectif de manière générale dans la vie, et je les encourage à participer aux films les uns des autres. Mais sur un plateau, il faut mieux qu’une personne soit attribuée à une tâche. Si tout le monde fait tout, là, c’est la cata, et chaque année on a des films qui explosent en plein vol. Et comme je leur dis tout le temps : on ne fait pas un film avec des excuses. Plus le film est préparé, plus il va se faire. Après si tu es régisseur sur tel film et que tu veux être chef ingénieur du son sur un autre, soit. Mais sur un film tu fais ce que tu dois faire et pas le reste sinon c’est le chaos.

A propos du tournage, le professeur met le point sur un détail qu’il ne faut pas négliger lors de la préparation du projet. Les films Objectif Censier ont cette particularité de se tourner l’hiver. Le cinéma est une affaire de lumière et une affaire de temps, c’est votre ennemi principal sur un tournage. Il est toujours beaucoup plus tard que vous ne croyez : « Ah merde il fait nuit, on ne peut plus tourner, on tournera demain ! », mais demain untel n’est pas là, ou alors il faut rendre la caméra… C’est une bonne école. Chaque année on a des films qui ne se font pas, mais j’essaie de faire en sorte que ça n’arrive pas. Je suis un peu l’entraîneur sportif.

Combien de films vont être tournés dans son atelier ? Je vous donne un scoop, il va y avoir six films chez moi. Je peux avoir de bonnes surprises comme de mauvaises. Ce qui est bien avec Objectif Censier, c’est que ça va révéler à certains.es qu’ils/elles ne sont pas fait.e.s pour ça, pour le travail en équipe, pour avoir des deadlines ou être sous pression. Parce que faire un film c’est une chose sérieuse. Faire un film c’est dur, faire un bon film c’est encore plus dur. En effet, chaque année à la fin du festival Objectif Censier, on peut entendre « Ah finalement je vais faire autre chose que des films ». Mais c’est positif bien sûr : C’est très bien, c’est fait pour ça.

La particularité de l’atelier Fiction de variété, c’est le choix des cinq musiques, dont l’une est à inclure pour chaque projet. Nous avons entendu les avis des étudiants dans un précédent article, entendons maintenant celui qui est derrière ces choix musicaux. Quelles que soient les musiques – et en neuf ans j’ai mis des musiques extrêmement différentes – ça ne va jamais, ils ne sont jamais contents… Je préfère que cela soit en français, parce qu’on est à la Sorbonne Nouvelle. Moi j’écoute pas vraiment de pop rock française. Comme disait John Lennon : « le rock français c’est comme le vin anglais ». Je choisis des morceaux chantés en français où je me dis que ça peut entrer dans la thématique qu’Objectif Censier choisit. J’écoute beaucoup de musique, je fais des clips, je vais tout le temps en concert, je fais tous les festivals, je n’ai plus qu’à piocher dans ce que j’ai entendu !

A propos du thème choisi cette année, le professeur apprécie le côté positif du sujet En-Vie. C’est une thématique up ! Je trouve ça plutôt motivant. Ce matin un étudiant a pitché un truc en partant de la chanson de Johnny Halliday « Qu’on me donne l’envie… ». Envie et En-Vie c’est très positif, c’est une thématique très stimulante.

Depuis la création du festival, on reproche parfois à Objectif Censier la dimension compétitive du projet. On peut en effet penser que mettre les étudiants.es en compétition entre eux n’est pas la vocation d’une université. Je suis d’accord, mais ça motive les troupes, et ça reste bon enfant. L’essentiel est que les étudiants apprennent à travailler en équipe. La conversation se poursuit sur la notation et le fameux carnet de bord qui permet d’évaluer les étudiants.es. J’évalue l’investissement qu’ils ont mis dans les carnets de bord, si c’est original, etc… Je demande souvent des créations, comme l’autoportrait pour le cours d’industrie du cinéma en L1. Une année, un étudiant m’a rendu un carnet de bord en BD. Il reconstituait chaque cours en BD ! Il m’avait dessiné et à chaque fois que je parlais, la bulle était remplie tout le temps avec la même phrase : « Je répète tout le temps la même chose ». Pascal-Alex en rit : Mais la pédagogie c’est l’art de la répétition !

Nous concluons en demandant au professeur mais aussi au professionnel ce qu’il préfère dans l’animation de ces ateliers de réalisation. J’aime beaucoup l’échange avec les étudiants. En fait ce que je préfère c’est découvrir une personnalité : « Ah tiens, elle ou lui il faut pas que je le/la lâche, car il/elle va aller loin ». Travailler dans le cinéma c’est un tiers de talent, un tiers de travail et un tiers de réseau. J’aime bien être connecté avec des gens qui ont dix/quinze ans de moins que moi, et qu’un jour une collaboration pourra s’amorcer. Par exemple, j’ai dû tourner des projets où je suis allé chercher d’ancien.nes étudiants.es parce que je savais qu’ils/elles savaient faire ça. Mon documentaire sur Satoshi Kon a été monté par un ancien étudiant. Eux/Elles aussi peuvent me rencarder sur des tas de trucs, et avoir dans mon entourage des gens qui ont la vingtaine me permet de ne pas devenir un vieux prof !

Pour découvrir les films réalisés dans le cadre de cet atelier, rendez-vous les 12 et 13 avril pour la 15ème édition du Festival Objectif Censier !

Un entretien mené par Pierre Rogier et Manon Hardy, écrit par Manon Hardy.