Hayao Miyazaki ou le 7ème art comme outil
de sensibilisation de masse

Chaque mois, Objectif Censier vous propose d’explorer la filmographie d’un artiste qui a marqué nos cinéphiles. Mattéo Feragus nous plonge cette fois-ci dans la vertigineuse animation du maître japonais Hayao Miyazaki.
         Le cinéma peut être apprécié comme une expérience globale. Que ce soit conscient ou non, (et cela ne dépend en rien de notre cinéphilie mais uniquement de la capacité du film à nous faire oublier qu’il en est un) nous vivons l’action qui se déroule sous nos yeux grâce à une myriade d’éléments. Les acteurs, la mise en scène de leur jeu, les décors et les costumes, la réalisation bien sûr mais aussi la musique, le paysage sonore dans son ensemble… La liste est encore longue, mais ce fragment d’éléments témoigne de la complexité des efforts déployés pour aller chercher la spectatrice et le spectateur pour l’installer confortablement dans l’intrigue. C’est en ça que nous vivons une expérience globale devant un film : nous apprécions la mise en commun de ces éléments, œuvrant tous pour une harmonie spectaculaire. Et ce constat n’a certainement jamais été aussi vrai que pour la filmographie du maître de l’animation Hayao Miyazaki.
 
        Co-fondateur du studio Ghibli, Miyazaki a conduit et signé certains des plus grands films d’animation de ces trois dernières décennies. Chacun de ces films est devenu presque immédiatement culte sitôt sorti, si bien que Miyazaki a depuis longtemps déjà sa place dans le panthéon de ces réalisatrices et réalisateurs à la renommée internationale, dont le simple nom est gage d’une qualité certaine. Il a bouleversé pendant près de 30 ans des codes auxquels il n’est jamais conformé, il a fait preuve d’une créativité hors-norme à chacune de ses créations, et il a insufflé à des générations entières, une appréciation de la poésie comme nous n’avions jusque-là qu’à peine envisagé. Et si Miyazaki a si bien su s’approprier le cinéma, c’est pour aller au bout de la « mission » dont il s’est investi : illustrer l’absurdité de l’humain à son propre détriment et celui de la nature. C’est la force de ce cinéaste, du cœur de son œuvre dans son ensemble et certainement de sa propre raison d’être tant il ne vit que pour son cinéma : faire du 7ème art un outil de sensibilisation de masse. Il ne faut ici en rien craindre du cynisme, ni même une gravité accablante et complaisante, non. Les films du studio Ghibli ont généralement en commun une sorte de merveilleuse fantaisie onirique, qui vient aussi bien mettre une distance avec notre réalité (évitant ainsi un effet moralisateur contre-productif), que mettre en exergue le parallèle qui est pourtant fait avec notre imparfaite existence humaine. La guerre, l’industrialisation massive, l’ambition aveuglante et destructrice de l’homme au détriment de l’équilibre naturel, les rapports humains… Voilà ce que met en scène avec autant de douceur que de brutalité Miyazaki, en déployant le même cortège remarquable d’éléments que nous évoquions plus haut, offrant ainsi des expériences irréelles. Je me permets de noter ici, que je ne connais aucun autre panel d’œuvres qui ait su me procurer les émotions absolument formidables que Hayao Miyazaki m’a procuré, et que cet attachement est aussi dû au grand maestro qu’est Joe Hisaishi, compositeur récurrent et ami de Miyazaki dont les créations musicales comptent selon moi parmi les plus belles choses qui soient tant elles vous embarquent dans des aventures insoupçonnées et qui vous marqueront à jamais. La symbiose entre les créations des deux amis donne lieu à des bouleversements émotionnels d’une poésie sans pareille, si bien qu’un film d’animation ne nous aura jamais paru finalement, si humain.
 
        C’est pourquoi je vous invite à (re)découvrir avec moi, dans les semaines à venir, quelques-unes de ces œuvres prétendument si formidables afin que nous puissions ensemble nous attarder sur le ‘comment’ de cette magie atypique, et décortiquer ainsi les personnages et les messages de Miyazaki en s’efforçant toutefois de glisser vers une analyse moins agiographique du monsieur aux grandes lunettes, mais je ne vous promets rien… !
 
 
Bien à vous, 
 Mattéo Feragus
Dossier Hayao Miyazaki, Le château de Cagliostro
Dossier Hayao Miyazaki, Nausicaä de la vallée du vent