Dossier Hayao Miyazaki
Nausicaä de la vallée du vent

Pour ce dernier article consacré au maître de l’animation Miyazaki, il a fallu faire un choix. Parmi tous ses films, lequel traiter pour clôturer cet aperçu (des plus sommaires) de l’œuvre d’une vie ? Si Le château de Cagliostro illustrait d’une part les grandes espérances du réalisateur japonais quant à l’usage du cinéma comme d’un vecteur de message humanitaire, il illustre surtout, aujourd’hui encore, la capacité du cinéaste à faire coller ses univers fantaisistes à notre réalité. Ainsi dans Le Château de Cagliostro, Porco Rosso, Kiki la petite sorcière, Ponyo sur la falaise ou encore Le Vent se lève nous spectateurs sommes embarqués dans des mondes en tout point semblables au nôtre, et auxquels se mêle l’onirisme poétique de la magie. Seulement voilà, ces long-métrages ne sont qu’un des deux pans de la grandiose filmographie de Miyazaki. Et si l’un ne vaut pas moins que l’autre, c’est sur le second, embrassant plus radicalement le fantastique, que nous allons nous attarder cette fois-ci. Chères lectrices, chers lecteurs, perdons-nous aujourd’hui dans le monde de demain avec la sage et téméraire Nausicaä, souveraine de la Vallée du vent…

L’histoire de la naissance de Nausicaä commence tout juste après la sortie du Château de Cagliostro lorsque le magazine Animage offre à Hayao Miyazaki, alors encensé pour son premier film, de créer une histoire originale qui serait publiée dans le magazine. Le cinéaste accepte à condition de rester libre de ses mouvements et de pouvoir transposer son histoire sur d’autres supports selon l’envie. Ainsi commencera-t-il à écrire et mettre en scène l’histoire du monde post-apocalyptique dans lequel vit Nausicaä, développant pendant près de 12 ans son manga entre 1982 et 1994, c’est-à-dire bien avant et bien après la sortie du film éponyme. Mais lorsqu’en 1983 l’opportunité de faire de son manga un film lui est proposé, Miyazaki se lance dans la production du long métrage. Il a beau n’être que son deuxième film, nous retrouvons déjà dans Nausicaä de la vallée du vent les ingrédients d’une recette que le cinéaste développera et réinventera à maintes reprises dans ses futurs films : faire du genre fantastique une graine de révolution spirituelle, à planter dans l’esprit de quiconque le consomme. Le château ambulant, Le château dans le ciel (Oui, Miyazaki aime bien les châteaux, je vous accorde bien volontiers que même les plus grands fans se prennent les pieds dans le tapis quand ils en parlent…), Le Voyage de Chihiro et Princesse Mononoké sont la continuité de ce que Nausicaä a à lui seul initié ; et tous ont en commun de vous laisser un souvenir ineffaçable tant ils sont empreints de force, et parfois même de violence.

Résumé : Dans un monde post-apocalyptique, soufflé par un lointain conflit dévastateur provoqué par l’industrialisation outrancière de l’humain, une forêt surnaturelle en constante expansion nommée Fukai menace d’engloutir les dernières zones habitables. Parmi elles, jusque-là protégée des spores parasites de la Fukai par les embruns, la Vallée du vent survie pacifiquement sous le règne du son vieux roi bienveillant Jill et de sa fille, l’intrépide princesse Nausicaä. Mais lorsque les vestiges du belliqueux empire tolmèque, désireux de vaincre la forêt et d’asservir les populations survivantes, s’échoueront dans sa Vallée, Nausicaä n’aura d’autre choix que de percer le mystère de l’étrange manifestation de la nature, pour garantir une paix nouvelle entre les hommes, et ainsi sauver son peuple des maux qui pèse sur lui.

Que Nausicaä de la vallée du vent soit le chef-d’œuvre absolu de Miyazaki ou non, car la question n’est pas là, c’est en tout cas l’œuvre qui résume probablement au mieux les intentions que le réalisateur placera plus tard dans ses films. C’est une œuvre complète, honnête, qui adresse ses messages à tous de la même manière. Le film raconte son histoire aux enfants comme il la raconterait aux adultes, sans détour ; il n’y a aucune démagogie, aucun mépris des capacités émotionnelles de chacun. Car c’est ce dont il est réellement question : de sollicitation émotionnelle. Raconter l’absurdité humaine à convoiter sa liberté dans l’emprisonnement voire l’anéantissement de l’autre ou raconter l’absolutisme et la dangereuse facilité de la guerre, tout ça n’est en rien des sujets que Miyazaki cherche à amoindrir ni à trop intellectualiser. Ce sont des sujets qu’il cherche à nous faire ressentir. En ce sens, il veut nous faire vivre par ses intrigues fantastiques, des aventures si extraordinaires qui reposent sur des faits eux si ordinaires, mais trop abstrait pour être réellement appréhendé. « Quand l’homme rompt l’équilibre du monde, la forêt fait d’énormes sacrifices pour rétablir cet équilibre. » Pouvons-nous entendre dans le film. Les désastres écologiques que provoque et entretien l’être humain sont-ils une nouveauté pour nous ? Les affres de la guerre ? les inégalités de considération et de respect des humains entre eux ? Non, tout cela est plus qu’admis, mais pas pour autant conscientisé. Cela, Miyazaki l’a bien compris. Aussi essaye-t-il toujours de nous raconter notre réalité via ses fictions, cultivant sans relâche l’espoir que chaque spectateur puisse ressentir ce qu’il ne peut, ou ne veut, pas toujours comprendre.

Il y a et aura toujours mille et une choses à raconter, explorer et interpréter sur les œuvres de Hayao Miyazaki. Nous aurions pu nous attarder sur sa maitrise de la tendresse, de l’amertume, de la nostalgie, de la mélancolie… Nous aurions pu décortiquer ses personnages, la puissance de ses héroïnes, la nuance de ses antagonistes… Mais c’est sans regret et le cœur plein d’espoir que je vous invite plus que jamais à découvrir ou redécouvrir ces films, convaincu qu’ils sont et seront toujours une potentielle source d’évasion pour nous toutes et tous !

Bien à vous,

Rédigé par Mattéo Feragus

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