Focus : Annie Colère de Blandine Lenoir (2022) en Avant-Première

Avant-Première d’Annie Colère de Blandine Lenoir au Cinéma les Studios de Brest (11/11/2022)

Affiche Annie Colère

« Des longs métrages dans un festival de courts métrages ? Quelle drôle d’idée ! ». C’est ainsi que Fabienne Wipf, directrice du Festival Européen du Film Court de Brest, introduit avec humour l’avant-première du film Annie Colère (2022), réalisé par Blandine Lenoir. En effet, le festival assume cette programmation hétéroclite par la volonté de mettre en avant les réalisateurs et les réalisatrices ayant fait leurs premiers pas à Brest, mais aussi par celle de présenter le format court dans une certaine continuité. L’actrice, scénariste et réalisatrice Blandine Lenoir avait remporté trois prix, dont le Prix du Public, avec Monsieur l’Abbé (2010) à la 25e édition. Douze ans plus tard, elle revient à Brest avec un cinquième long métrage poignant et solaire retraçant le combat vers la légalisation de l’IVG. 

Le film débute en février 1974, soit un an avant l’adoption de la loi Veil. On suit Annie, une ouvrière et mère de deux enfants interprétée par Laure Calamy, et sa rencontre avec le MLAC, le Mouvement pour la Liberté de l’Avortement et de la Contraception. Initialement, elle fait appel à ces jeunes militantes afin de mettre un terme à une troisième grossesse non désirée. À l’époque, ce mouvement est le seul à pratiquer la méthode Karman, dite par aspiration, une technique d’avortement provenant des États-Unis, ne nécessitant aucune anesthésie et étant beaucoup moins dangereuse pour les patientes. La gentillesse de ses membres ainsi que la transmission et la sensibilisation qui s’y effectuent aident Annie à mieux comprendre son corps, l’incitant à s’engager plus activement dans la lutte et à s’opposer aux injustices portées envers les femmes. Sa rage féministe apporte un nouveau sens à sa vie, montrant qu’elle est capable de se rendre utile à sa manière dans le combat à grande échelle.   

Bien qu’Annie soit le personnage principal, la caméra étant constamment à proximité d’elle, le film comprend une palette de portraits féminins touchants et forts. Certes, le film regroupe un riche casting (Zita Hanrot, India Hair, Louise Labeque ou encore la chanteuse du groupe Moriarty, Rosemary Standley, qui nous offre une première performance d’actrice prometteuse). Cela étant dit, il nous surprend aussi par de « petits rôles » non moins déchirants. Chaque femme dévoile ses blessures, sa vulnérabilité, pour en sortir plus forte. Le film nous présente un bel exemple de sororité qui ne peut pas laisser indifférent, d’autant plus par la résonance actuelle du sujet. En parlant de portraits féminins, le film inclut, de façon diégétique, le plaidoyer iconique de Delphine Seyrig dans le cadre de l’émission Actuel 2, diffusé à la télévision le 13 octobre 1972.

La comparaison avec L’Événement (2021) d’Audrey Diwan se fait assez naturellement. Comme l’adaptation du récit autobiographique d’Annie Ernaux, Annie Colère dévoile à sa manière des plans assez crus au cœur de l’intimité féminine, des plans qui ne tombent jamais dans la vulgarité ou la provocation pour autant. Cependant, une différence cruciale se ressent dans le traitement car, contrairement à L’Événement qui nous sidère par la solitude violente du personnage, le film de Blandine Lenoir demeure beaucoup plus réconfortant et optimiste. Il ne faut pas oublier qu’une dizaine d’années sépare les deux histoires et de nombreux épisodes ont pu œuvrer au changement des mentalités entre temps : le Manifeste des 343 « salopes » (1971), le procès Bobigny (1972) ou encore le Manifeste des 331 médecins (1973). Oui, on y pleure mais on sourit et on rigole peu de temps après, éblouie par cette bande de filles admirables que chacune d’entre nous voudrait avoir comme amies. 

La projection a été suivie par un échange avec David Bertrand, directeur de casting du film et membre du Jury France de cette dernière édition du festival. Le public a ainsi eu l’occasion d’en apprendre sur son métier et de connaître plus précisément son degré d’implication sur le projet. À ce titre, le rôle d’Annie était écrit en pensant à l’énergie et à la tendresse de Laure Calamy. David Bertrand a également élaboré sur l’importance de la représentation de tous les corps dans sa profession et du fait d’anticiper le rapport à l’image des acteurs et actrices, surtout dans un film historique qui nécessite indéniablement un travail sur les décors, mais aussi sur l’apparence. Il s’est beaucoup attaché au projet qui a prouvé, selon lui, l’importance du rire comme barrière, que ce soit dans la fiction ou dans ses coulisses.

Bande annonce du film :

À propos de la pièce de théâtre Reconstitution: le procès de Bobigny d’Emilie Rousset et Maya Boquet – vidéo 

À propos du film Les Années Super 8 d’Annie et David Ernaux (Sortie 14 décembre 2022) – bande annonce

Annie Colère est à retrouver dès le 30 novembre au cinéma.

Un article écrit par Molly Proctor.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Résoudre : *
56 ⁄ 28 =