Jim Carrey, l'Amérique démasquée d'Adrien Dénouette
Chronique Livre

Pour conclure ce dossier sur la carrière de Jim Carrey, quoi de plus logique de parler de Jim Carrey : l’Amérique démasquée, un essai critique d’Adrien Dénouette qui mène une réflexion exhaustive et indispensable sur le parcours de l’acteur en lien avec son environnement : l’Amérique contemporaine tiraillée entre exubérance et puritanisme.

Peu d’ouvrages rendent hommage à la comédie trash des années 1990 et Adrien Dénouette prouve ici que c’est bien à tort. Car, quel choix pertinent que de prendre la carrière de Jim Carrey comme prisme d’analyse d’une société américaine pétrie de Pop Culture, de médias et d’illusions télévisuelles. Par l’étude fouillée de la filmographie de l’acteur en regard de l’histoire politique et présidentielle de la première puissance mondiale, l’auteur nous permet de comprendre le succès de films qui ont marqué des générations de spectateurs et qui creusent le lit de la comédie américaine actuelle. Dans cet ouvrage, le critique et enseignant de cinéma pose une hypothèse intéressante : et si le destin de Jim Carrey reflétait celui de l’Amérique ?

Comme le dit si bien Éric Judor dans sa préface, le jeu de Jim Carrey semble avoir été touché par la grâce. Sa gestuelle hors du commun repousse les limites du corps humain et ouvre de nouvelles perspectives humoristiques. Adrien Dénouette, par une enquête documentée et surtout problématisée, commence par retracer avec précision les premières années de carrière de l’acteur. Bercé par la télévision, passionné par l’Entertainment, sa généalogie remonte autant au burlesque chaplinien qu’à la tradition du dessin animé américain, le cartoon. Et, comme l’explique Dénouette, la force de Carrey est de réactiver cette esthétique de la crise mentale, de la démolition et du masochisme à la fin d’une époque où le discours patriotique et testostéroné des années 1980 est à son comble, galvanisé par la présidence Reagan.

Jim Carrey, dans In living Colors puis dans ses premiers longs métrages de 1994 décape et se fait le porte-parole trash d’une société qui se gargarise de publicité, de consommation et de masculinité héroïque. Il y a de la provocation et la subversion dans ses personnages vulgaires et exubérants et comme un miroir inversé, il renvoie le reflet en négatif d’une Amérique policée.

L’ouvrage explique en détail le succès tardif mais fulgurant de Jim Carrey. En une année, il devient un des acteurs les plus bankable de sa génération. Par son jeu sans limites corporelles ou morales, il « démasque » l’Amérique. On peut dire qu’il se moque doucement d’elle en lui faisant la grimace. Petit à petit, au cours des années Clinton, son personnage se développe. Il ne s’affine pas seulement, il se divise et joue souvent sur cette schizophrénie, voire cette hypocrisie, qui bouffe la société occidentale jusque dans le Bureau Ovale. En campant des personnages qui n’arrivent pas à contrôler leur pulsions animales, Carrey fait pour sûr un joli pied de nez à Clinton et à la fameuse affaire Lewinski. Au-delà du trash, l’acteur tisse un discours sensé et réfléchi sur la société médiatique et télévisuelle qui prend de plus en plus de place.

Adrien Dénouette tire une belle analyse du cinéma Post-11 septembre et, même si on n’est pas forcément d’accord avec son interprétation des films récents de Carrey comme lui permettant de se racheter de ses années dévergondées, le livre apporte un regard intéressant sur la comédie américaine actuelle.

Paru aux Éditions Façonnage, Jim Carrey : l’Amérique démasquée est illustré et mis en page de façon Pop et est l’écrin parfait pour la belle analyse de Dénouette sur une des dernières vraies figures de la Pop Culture.

Rédigé par Camille Périssé