Emma, portrait d'un personnage de Sébastien Lifshitz

J’ai rencontré Emma par le biais d’une connaissance que nous avons en commun. Peut-être que vous la reconnaîtrez aussi car elle fait partie d’un des derniers films documentaires de Sébastien Lifshitz, Adolescentes. Le film, sorti en salle en septembre 2020, retrace en image, l’adolescence d’Emma et de son amie Anaïs. À travers cinq ans de la vie de ces deux jeunes femmes, le réalisateur nous donne une définition universelle de l’adolescence et tend à redonner la parole aux souffrances et aux joies de toute une jeune génération.

        Quand j’ai vu ce film pour la première fois, j’ai été très touchée. Je me suis, d’une part, beaucoup reconnue dans le portrait d’Emma et d’autre part, la façon dont la caméra s’efface pour rentrer dans leur intimité m’a fascinée. Comment peut-on arriver à capturer ces moments fugaces avec tant de sincérité et de beauté à la fois ? Rien de mieux que de demander directement à Emma pour en connaître les rouages !

        L’un des premiers points que l’on aborde avec Emma, c’est l’esthétique du film. Je me suis souvent dit en le regardant que la présence de la caméra disparaissait complètement. À aucun moment  ne transparaît à l’écran que les sujets ont conscience d’être filmés. Il n’y a pas d’interview face caméra par exemple, ce qui aurait pu nous ramener vers une réalité proche de la nôtre, un aspect plus « documentarisant ». On peut avoir, par conséquent, l’impression d’être devant des images relevant de la fiction. Il existe néanmoins des interventions face caméra dans les bonus du DVD, le réalisateur ayant fait le choix de les évacuer du film au moment du montage.


        Emma ajoute qu’en plus, cette impression est renforcée visuellement par le type de caméra utilisé. C’est une caméra grand angle avec laquelle on filme, le plus souvent, dans la fiction. Le grand angle a permis de mettre en valeur les paysages par exemple. Cela crée aussi des compositions élaborées dans le cadre qui sont lourdes de sens vis-à-vis du lien entre les sujets filmés et leur environnement. C’est dès lors une tension entre proximité et distance avec les personnes filmée, qui se met en place dans ce documentaire.


        C’est d’une autre manière que la technologie va permettre la distance avec les sujets pour mieux les approcher en réalité. Emma me confie que lorsque le tournage a débuté et qu’elle a été équipée, avec Anaïs, de micro HF (Haute Fréquence), le réalisateur leur a dit que si elles étaient loin, lui et son opérateur.rice son n’entendaient rien. C’était bien évidemment faux. Cela a occasionné des moments drôles comme au début du tournage, où le réalisateur a entendu Emma et Anaïs se plaindre de lui sans qu’elles ne se doutent de rien. Mais cela a aussi permis de capter des moments d’une grande sincérité. La caméra s’éloigne peu à peu d’elles, leur laissant l’espace d’être elles-mêmes, tout en continuant d’enregistrer le son de près, ce qui permet de rester tout de même très proches. C’était aussi un moyen, certes un peu indiscret, d’entendre en off ce dont ces adolescentes parlaient vraiment entre elles, pour pouvoir les inciter à le faire à l’écran.

        Une des questions que je me posais le plus était au sujet de l’organisation du tournage. Comment le réalisateur s’était organisé avec toute son équipe pour réussir à capter tous ces moments particuliers ? Comment a-t-il fait pour ne pas passer à côté de certains moments des plus fugaces ?

        Ce que je retiens de la réponse d’Emma, c’est qu’une relation de confiance s’est très vite mise en place entre le réalisateur et les deux adolescentes. Elles ont très vite assimilé la présence de la caméra et ont tissé des liens avec le réalisateur. Le réalisateur a vraiment cherché à connaître ces sujets. En dehors des périodes de tournage, ils continuaient à s’appeler. C’est ce qui lui a permis d’être très présent et de venir directement lorsque certains évènements inhabituels venaient ponctuer le quotidien des filles.

        Aujourd’hui, Emma est toujours en contact avec Sébastien. Elle est désormais étudiante en cinéma, une passion qu’elle nourrit depuis longtemps. Il me semblait important de connaître son ressenti face à cette expérience. C’est très souvent que l’on garde des traces du vécu du réalisateur, mais quand est-il des personnages de documentaires ? L’emploi du mot personnage n’est pas une erreur de ma part. Quand Emma a visionné le film pour la première fois, avec Anaïs dans un salle de projection test de la production, elle a détesté ce qu’elle a vu. Elle a certes appris beaucoup sur elle-même et sur les autres en se voyant, mais à cause des choix de mise-en-scène et du montage, elle voit une réalité tout à fait différente de la sienne. En effet, on oublie souvent que le documentaire offre un point de vue subjectif. Il y a par exemple le manque de contexte concernant les disputes entre Emma et sa mère. La critique a d’ailleurs été très agressive envers la mère d’Emma, alors qu’en réalité cela n’avait pas lieu d’être. Il y a donc aussi une certaine distance entre la personne filmée et son personnage à l’écran.

        Je me demandais si Emma avait éprouvé une certaine peur face au vide que laisserait, dans son quotidien, ce tournage de cinq ans un coup terminé. Mais en vérité, elle l’a vécu davantage comme un soulagement qu’un vertige. Ce fut l’aboutissement d’un long investissement qui a laissé place à l’impatience de voir le résultat final. Après une longue période de promotion, Emma continue vers ses propres projets. On espère la voir elle aussi derrière la caméra !

Rédigé par Lisa Guetrot

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