Film vertige
Lost in Translation de Sofia Coppola

Si les récentes vagues de confinement ont creusé un sentiment d’isolement en vous, alors ce film ne manquera pas de vous parler. Sorti en 2003, ce long métrage est le fruit du travail de la cinéaste Sofia Coppola qui signe ici sa seconde réalisation et marquera les esprits avec une comédie dramatique brillamment portée à l’écran par ses deux têtes d’affiches (Scarlett Johansson et Bill Murray). Et si l’intrigue déployée nous captive par son originalité, il est d’autant plus déroutant de voir combien la fiction ne se contente parfois pas seulement de s’inspirer de la réalité.

Lost in Translation raconte l’errance de deux américains, Charlotte et Bob qui ne se connaissant ni d’Ève ni d’Adam. Ils ont pourtant en commun d’être perdus aussi bien dans leur vie que dans la tentaculaire ville de Tokyo où ils séjournent. De ce manque total de repères va naître une complicité qui, faute de donner un sens à leur vie, donnera une saveur aux quelques jours qu’ils partageront ensemble.

Ce long métrage est la quintessence de la mélancolique sensation d’être à la masse. Charlotte et Bob sont particulièrement humains, dans leurs failles, dans leurs doutes, dans la passivité de leur présence dans une société dont ils ne maîtrisent absolument pas les codes ; aussi nous les spectateurs pouvons aisément nous retrouver en eux. Nous retrouver dans cette phase de vie, plus ou moins récurrente, où le jour ne se distingue plus de la nuit, où écouter à 4h du matin des musiques nostalgiques des années 80 chantant avec panache le spleen qui nous envahit correspond au moment de la journée où l’on se sent le plus vivant. Et si vous redoutez à ce stade un film déprimant dont le visionnage requiert mouchoirs et snacks réconfortants, ma foi, rassemblez tout de même ce kit dans le doute mais attendez-vous aussi à rire ! Parce que c’est toute la force de Sofia Coppola, avoir su faire de son drame existentiel une comédie plus que touchante. D’un shooting risiblement surfait à un pitoyable karaoké bien arrosé, entrecoupé de déambulations et d’incompréhensions culturelles, ce film préfère la subtilité et la suggestion à un humour lourd et convenu, et surfe sur ce que la vie à de drôle dans notre absurde réalité. Ce film à de vertigineux la justesse avec laquelle il dépeint la réalité de l’humain. Dans une mégalopole comme Tokyo, aussi déraisonnablement grande et peuplée, la solitude est aussi multiple qu’il y a d’individus en transit. C’est tout le paradoxe de notre société, prôner l’individualité mais favoriser l’uniformité, si bien que l’on retrouve avec des Bob et des Charlotte qui, las de se trouver une place dans la confusion, se découvrent et se retrouvent au détour de leur isolement…

Lost In Translation nous offre finalement un doux tableau de ce que l’on peut traverser dans une vie, tout en offrant l’espoir de pouvoir trouver une complicité, une interaction, une affection, un amour platonique etc. dans ces instants de perte de repères. Alors la prochaine fois qu’à 4h du matin vous en avez marre des musiques chantant la tristesse avec joie, Charlotte et Bob ne manqueront pas vous tenir compagnie, au moins le temps d’un film…

Rédigé par Mattéo Feragus