Voyage au bout de l'enfer du tournage de
Tonnerre sous les Tropiques (2008)

Ah les acteurs… Incarnations de nos personnages préférés tout en ayant leur identité propre, ils sont la partie émergée de “l’iceberg Cinéma”. Ils polarisent l’inspiration des réalisateurs et l’attention des spectateurs. Ils sont fascinants, attachants, déroutants et parfois…très chiants. C’est en tout cas le propos de Ben Stiller dans Tonnerre sous les tropiques, l’histoire d’un tournage qui tourne au vinaigre ou la parodie d’un genre proprement américain : le film de guerre du Vietnam. 

C’est une des forces du cinéma américain de faire preuve d’autodérision. Ben Stiller, acteur plus souvent qu’à son tour, ne fait pas exception et parodie ici son univers hollywoodien avec beaucoup de corrosion. L’idée lui est venue en lisant les interviews de ses collègues qui, tournant des films de guerre, se targuaient d’une expérience intense, qui les avaient rendus plus conscients et solidaires.

On ne compte plus les films sur le Vietnam oscarisés et on comprend bien que ce conflit, fondamental dans la psychologie américaine contemporaine, est une mine d’or pour les studios et les acteurs. À défaut d’avoir eu sa guerre du Vietnam, on veut son film de guerre du Vietnam, pour preuve de son patriotisme. Quatre acteurs plus ou moins bankable et un débutant se retrouvent donc au casting d’un film adaptant les mémoires d’un vétéran. Les caprices de diva et les mésententes pourrissent le tournage et rendent le travail de la gigantesque équipe impossible. Vient alors l’idée d’immerger nos joyeux lurons en pleine jungle, de les filmer in situ par des caméras cachées. Seulement la réalité dépasse rapidement la fiction et les voilà embarqués sans vraiment le comprendre dans un vrai conflit avec des trafiquants de drogues. Si la trame narrative est assez simple et que l’on oublie vite la mise en abyme du cinéma dans le cinéma martelée au début du film par de fausses bandes annonces, le propos du film n’en est pas moins intéressant.

Le cinéma américain nous berce dans l’idée que le cinéma n’existe pas que sur l’écran, que l’envers du décor est tout aussi important et participe au mythe cinématographique. N’aimons-nous pas Apocalypse Now pour son tournage légendaire ? À travers cette fausse chronique de tournage, Stiller écaille ce vernis, au risque de finalement en remettre une couche. Hollywood a toujours envahi la coulisse, mettant en scène la vie privée de ses stars à l’époque de l’âge d’or ou en développant les making of pour donner au public une sensation de transparence. On embrasse la fiction et on admet difficilement que les acteurs aient une vie à la ville qui diffère de celle qu’on nous fait imaginer. L’égo des acteurs, leurs choix de carrière stratégiques, le décalage entre leurs personnages et leur identité sont vécus comme autant d’hypocrisies par le spectateur.

Et Tonnerre sous les Tropiques prend toute sa substance quand le dispositif s’efface et que les personnages oublient les caméras à cause des conditions extrêmes dans lesquelles ils sont plongés. Que celui-ci joue un handicapé mental, non par engagement mais pour toucher l’Oscar, que celui-là doive cacher son homosexualité pour maintenir sa réputation de rappeur macho, qu’un autre jouant des comédies familiales soit complètement camé sont autant de sujets qui jaillissent loin du tournage initial, lorsque les enjeux de représentation n’ont plus lieu d’être. Et on comprend que le besoin de reconnaissance et le manque de confiance sont les seuls moteurs de leur vocation, bien loin du glamour et de la décontraction qu’on leur prête.

Tonnerre sous les Tropiques reste une comédie sur le casting et Hollywood qui se moque tout d’abord d’elle-même et taquine ses propres acteurs. Le film, de façon plus ou moins subtile, parle d’une industrie louant les rôles de compositions, les transformations physiques et qui juge la performance d’acteur au fait de se dédier tout entier à son personnage. Cette logique cultivée à l’extrême pousse un des acteurs blancs à incarner un noir et le film de Stiller dénonce le phénomène tout en le reproduisant puisque paradoxalement Robert Downey Jr. fut nommé à l’Oscar du meilleur second rôle pour ce fameux blackface.

Rédigé par Camille Perissé

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