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Un panorama de scènes-vertige

Cette année, le “Vertige” est mis à l’honneur par Objectif Censier. Les vidéos et les articles réalisés introduisent ce thème que nous découvrirons plus amplement dans les films des étudiants de L3 en avril prochain. En attendant, voici cinq interprétations du vertige au cinéma, des effets de l’alcool et de la drogue sur les personnages à la construction d’un scénario, en passant par l’architecture d’un film d’animation.

 

Zabriskie Point, Michelangelo Antonioni (1970)
Critique de la société de consommation américaine
Zabriskie Point s’ouvre au milieu d’une AG étudiante où tous discutent de ce qu’il faut faire pour lutter contre un “Etat fasciste”. À travers ce film, Antonioni élabore une critique de la société américaine : société de la sur-consommation, du capitalisme déchaîné. Un montage rapide, des plans en mouvement un peu flous et pleins de secousses, des gros plans et des zooms rapides accompagnés par une musique dissonante. Il y a une certaine démesure dans cette mise en scène, qui oppresse et dérange, tout comme la société que dépeint Antonioni.

Il ne reste qu’une toute petite lueur d’espoir au travers du regard de Daria – se substituant aux regards du réalisateur et des spectateurs – qui observe (ou fantasme) l’explosion de tous les symboles du consumérisme. Vision apocalyptique au ralenti, sur une mélodie envoûtante de Pink Floyd. La scène finale de Zabriskie Point fait à la fois flotter et exploser dans les airs des milliers d’objets, qui sont autant de métaphores de la consommation de masse.

Hair, Milos Forman (1979)
Un trip étourdissant
Claude Bukowski passe quelques jours à New York avec un groupe de hippies avant de partir pour la guerre du Vietnam. Il reçoit une pastille de LSD telle l’hostie donnée par le prêtre, et c’est le début de l’hallucination. Il se retrouve dans une chapelle dont le sol est recouvert d’une épaisse fumée, sur le point d’épouser une jeune femme qu’il a aperçue dans Central Park. La séquence est entrecoupée de gros plans sur Claude qui ressent les effets de la drogue.

Un air d’orgue solennel, grave, presque tragique retentit. La jeune femme du groupe de hippies, en lévitation, les marie. Retentissent alors les premières notes de la chanson Hare Krishna (référence hindouiste) qui est l’un des fameux titres musicaux du film. Les jeunes mariés s’embrassent, et un travelling arrière nous laisse découvrir le ventre (très) arrondi de la mariée. S’ensuit une multitude de plans délirants sur une foule dansante, chantante et volante, en costumes aux références religieuses diverses. Cette séquence est une courte digression dans la diégèse, une parenthèse extasiée.

Le Roi et l’oiseau, Paul Grimault (1980)
Une architecture vertigineuse
Un Roi tyrannique, moqué par l’Oiseau, cherche à tout prix à empêcher la Bergère et le Ramoneur de vivre leur amour. Quitte à faire détruire son royaume par un robot, le Roi veut retrouver la Bergère pour l’épouser. Le spectateur suit ainsi la fuite des deux jeunes personnages à travers la ville haute et la ville basse. Le Roi vit au dernier étage (le 296e) d’une tour bien trop haute et bien trop éloignée du reste du monde. Son ascenseur, à l’allure de fusée, ne semble jamais s’arrêter.

La fuite des deux personnages depuis les appartements du roi vers les bas-fonds de la ville semble interminable tant l’architecture y est particulière. Le royaume est un mélange de styles architecturaux très différents et possède un nombre infini d’escaliers immenses. Filmée en plongée et en contre-plongée, l’architecture verticale du royaume met en avant la séparation des classes sociales : le peuple vit dans la ville basse (hommage à Metropolis) et le roi dans la ville haute.

Réalité, Quentin Dupieux (2014)
Un casse-tête à donner le tournis
Réalité repose sur un principe assez simple : proposer une infinité de possibilités en termes de rapports spatio-temporels et de liens entre personnages. Dupieux transgresse totalement les règles habituelles du récit au cinéma. Au début, le spectateur découvre quelques personnages, tout semble normal. Mais au fur et à mesure, la réalité de chacun des personnages s’entremêle avec celle des autres jusqu’à l’incompatibilité absolue. Le réalisateur exploite son idée jusqu’au bout, tout en gardant une certaine trame narrative qui laisse le spectateur espérer que tout finira par se démêler. Manque de chance, le dénouement couronne le “tableau d’incompatibilités” qui est peint tout au long du film.

Le réel se mélange à la fiction, au rêve, au futur, et tout cela avec une dimension méta cinématographique qui se retrouve à deux niveaux. D’une part, un cinéaste présente son film à un producteur, et d’autre part Jason (Alain Chabat) propose une idée de film à ce même producteur. On se retrouve face à un producteur, au téléphone avec Jason, qui est en train de regarder un film en projection test. Dans ce film, une petite fille met une cassette dans sa télévision, et c’est Jason qui apparaît, en train de discuter (en temps réel, donc) avec le producteur. Ne cherchez pas à comprendre, vous allez avoir le tournis.

Drunk, Thomas Vinterberg (2020)
Une danse enivrante
Quatre amis, professeurs de lycée d’une cinquantaine d’années, s’ennuient de leur quotidien monotone. Ils décident de tester la théorie scientifique selon laquelle l’homme aurait depuis la naissance une carence d’alcool dans le sang, et de consommer toute la journée une certaine quantité d’alcool. Chacun observe les effets secondaires à court terme – désinhibition et allégresse – et à long terme – rupture avec ceux qui les entourent. Par la mise en scène, le jeu d’acteur, la musique et le montage, les montées en puissance des effets de l’alcool sur les personnages enivrent aussi le spectateur.

Durant la scène finale, Martin (Mads Mikkelsen) est à l’apogée de la liberté : alors qu’il refusait de danser devant ses amis, il entame quelques-uns de ses fameux pas. Quelques plans plus tard, le personnage est entré dans une sorte de transe chorégraphique. La caméra, totalement libérée elle aussi, virevolte au milieu de la foule en extase et des corps en mouvement. La musique provoque une irrémédiable envie de danser et nous emporte au rythme des paroles quelque peu suggestives : “What a life, what a night, what a beautiful beautiful ride / I don’t where I’m in five but I’m young and alive / Fuck what they are saying what a life”. Cette scène finale offre assurément un shot de vertige. Cul sec !

Vidéo montée et article rédigé par Cécile Krys

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