Rencontre avec Sarah Dinelli, responsable de l’atelier “Foundfootage”

Rencontre avec Sarah Dinelli,
responsable de l'atelier "Foundfootage"

Chaque année, le festival Objectif Censier est orchestré autour de différents ateliers de réalisation portés par plusieurs enseignants de cinéma. Ces ateliers, tournés vers une consigne propre à chacun, permettent aux étudiants de réaliser ce qui est souvent leur premier court métrage. Aujourd’hui, rencontre avec Sarah Dinelli, responsable de l’atelier  ” Foundfootage ” qui nous fait part de ses différentes réflexions et de son rapport avec Objectif Censier.

 
 Pouvez-vous présenter votre atelier ? 
C’est un atelier axé sur l’intégration d’images non-tournées dans des films de fictions ou documentaire. Aujourd’hui, internet fournit tellement de contenus, il s’agit en quelque sorte de les “recycler”. L’an dernier j’avais invité Gabrielle Stemmer, pour nous parler de son moyen-métrage Clean with me (after dark), composé uniquement d’images de youtubeuses américaine qui font le ménage. Ce film a été très remarqué en festival, et même salué par la célèbre féministe Mona Chollet. Il représente pour moi ce qu’on peut être capable de faire aujourd’hui, sans même se lever de sa chaise. Priscille et Clémence, qui ont eu le prix du Jury avec 100% ont suivi ce principe de film en images “trouvées”, pour aborder la question du harcèlement sexuel dans les transports publics.
 
 Pouvez-vous nous expliquer votre rapport au foundfootage? 
 Ce qui est un peu ironique est que dans l’école de cinéma que j’ai fait, la Fémis, le film de fin d’étude en montage est censé être réalisé à base d’archives, et que je n’ai pas respecté la consigne puisque le mien n’en comporte aucune. Autant dire que je n’impose pas aux étudiant.e.s d’en mettre absolument, si au final ça ne sert par leurs projets. Berti, qui met en scène un personnage ouïghour ne souhaite pas mettre d’image d’archive par exemple dans son film, ce qui a un sens politique et cinématographique. 
Plus globalement, j’ai pris cette notion de foundfootage, mais ce qui m’intéresse surtout, c’est les images fantomatiques, ou les images qui hantent notre quotidien, notre passé ; travailler sur ce qui laisse des traces, d’autant plus dans une société de surveillance. J’aime l’idée de se réapproprier des images qui passent en continu sans être interrogées, de leur redonner un sens, de leur rendre un regard, que ce soit de vieilles archives de famille, des films que l’on poste sur les réseaux sociaux, ou des images de journaux télévisées, de caméra de surveillances. 
J’ai été très inspirée par les cours de Sylvie Rollet, sur l’image spectrale et la catastrophe ; et de manière plus anecdotique par le titre d’un atelier à la Fémis qui avait ce joli titre d'”Images fantômes”. Ce n’est pas parce que l’image d’archive n’est pas présente qu’elle ne “hante pas” un film. 
 
Pouvez-vous nous présenter les groupes de réalisation et les projets qui se sont formés cette année dans votre groupe? 
Beaucoup de films sont prévus pour l’instant, donc ça va être un peu long désolée ! 
Le mot vertige a été abordé dans plusieurs sens. Les projets reflètent des angoisses très contemporaines, par rapport au travail, aux réseaux sociaux, au numérique. On a ainsi deux films qui présentent des personnages avec des métiers étranges : une femme qui passe sa journée à censurer des images violentes (film réalisé par Joana), un homme qui travaille pour une sorte d’entreprise deliveroo qui livre… la mort, sur la base de l’inanité des comptes instagram des personnes (film réalisé par Colin). Le contemporain est interrogé aussi à travers une catastrophe politique actuelle, qui résonne dans un projet mettant en scène une interprétation à la fois très littérale du vertige et très métaphorique : un personnage ouïghour, en France, qui cherche son ordonnance tout en répondant à un journaliste sur France Culture (film de Berti). 
 
Deux autres projets abordent un thème plus emblématique de la jeunesse : la drogue, dans une version film d’horreur (film réalisé par Philippe), et dans une version plus “flash forward” (réalisé par Julia). 
Enfin, les étudiant.e.s se sont dirigé.e.s vers une dimension plus onirique du terme, voire expérimentale avec le projet de Zyiang. Pour Corentin et Henar, il s’agit respectivement de construire un récit à travers des archives familiales, et par le récit biographique fictif d’un ancien pilote. 
 
Elina, Francesca, Mattéo, Polina, Vaghram, et Pierre apportent leur aide aux différents projets, et les réalisateur.ices elles.eux-même participent à d’autres projets de film.
 
Quel est votre lien avec Objectif Censier? Vous avez été étudiante de licence à La Sorbonne Nouvelle, y avez-vous participé? 
Ça fait dix ans que je fais partie des murs de cette fac, j’ai fait un master de lettres et de cinéma, et j’avais co-créé le journal de la fac Nouvelles Vagues : difficile de ne pas connaître Objectif Censier. Hélas je n’avais pas participé aux ateliers, mais je les suis depuis plusieurs années car je m’entendais bien avec la professeure Sylvie Rollet (à l’origine du projet) et Christian Bogey, qui aidait chaque année les étudiant.e.s pour la post-production de leurs films. Je me souviens que pour le journal de la fac on avait fait un article pour condamner la censure dont avait fait l’objet un film féministe présenté au festival, qui mettait en scène la version pornographique de Blanche Neige et les sept nains.  
 
 
Qu’est-ce que “le vertige” vous inspire? 
La sensation que j’ai quand je regarde les réformes du gouvernement : jusqu’où vont-ils aller ? Comment va-t-on se relever de cette chute libre vers la destruction des services publics, la privation de libertés d’un état policier, et la maltraitance des exilé.e.s.
 
 

Propos recueillis par Atika Oukache