Rencontre avec Martine Demaret,
Marraine du 13e Festival Objectif Censier

Martine Demaret

Nous sommes honoré.e.s de compter parmi nous cette année une marraine, Martine Demaret, qui soutient notre édition.

Pouvez-vous vous présenter ?
Je m’appelle Martine Demaret, je suis née à Bruxelles et je suis comédienne et chanteuse. Quand je suis arrivée à Paris, j’ai suivi les cours d’art dramatique de Jean-Laurent Cochet [1]. Ma première pièce a été une comédie musicale, Rocky Horror Picture Show où je jouais Janet. On l’avait fait comme à Londres, c’est-à-dire dans un cinéma d’art et d’essai où l’on on avait tout aménagé pour faire un peu peur aux gens quand ils arrivaient, et puis on commençait la pièce, c’était au Palace.
Après j’ai fait des matinées [2] du répertoire classique, j’ai aussi joué des matinées Molière, et quand je ne faisais pas de théâtre, je chantais. Dans des bals donc, dans des groupes, des trucs qui ne tiennent pas vraiment. [rires]. D’ailleurs j’ai participé à des pièces aussi bien représentées sur scène que dans la rue. J’ai travaillé avec les Négropolitains [3] sur Gare au Gorille ! et Trombinette Bonbon qui étaient des spectacles de Brassens et de Vian où là on a pas mal tourné dans toute la France. Gare au Gorille ! c’était Brassens à l’africaine et moi je faisais un rôle comique puisque je me faisais envoûter par ce dernier.

Mon rôle le plus connu au cinéma c’était dans la trilogie de Cédric Klapisch [4] où je suis la mère de Romain Duris. Ces dernières années j’ai joué dans la comédie musicale Avant j’étais vieux, on a tourné pendant deux ans mais les représentations ont dû s’arrêter avec l’arrivée du confinement, on en avait encore une dizaine à faire. Et puis mon dernier projet a été pour la télévision, je suis apparue dans le deuxième épisode de la série Le Code de Jean-Christophe Delpias, tournée l’année dernière.

Qu’est-ce qui vous a poussé à devenir comédienne et chanteuse ?
J’ai toujours aimé chanter. Je pense que lorsqu’on est un peu sauvage et que l’on est jeune, on ne s’aime pas spécialement, et le fait d’incarner des personnages qui nous sont étrangers permet de toujours les aimer. C’est une manière de s’exprimer avec soi par chemin détourné… c’est probablement le début de cette vocation. Et puis j’ai toujours aimé la littérature, les mots en eux-mêmes, donc j’ai étudié le grec et le latin. Globalement, j’aime l’expression corporelle, c’est pour cela que j’ai fait beaucoup de danse, toutes ces disciplines c’était peut-être mon moyen de communiquer avec les autres.

Vous essayez souvent de participer à des projets étudiants ou amateurs ?
Oui, mais je limite car c’est très usant. Disons que je regarde le projet seule, puis avec mon agent, et si c’est intéressant, je le fais. Par exemple, j’ai accepté de jouer dans Tête bêche [5] réalisé par une jeune fille qui avait 15 ans, aux côtés Esther Garrel et Zoé Héran, la petite fille qui faisait Tomboy [6]. Je n’ai pas hésité parce que les membres de l’équipe étaient tous très jeunes, le moins âgé avait 12 ans, et malgré cela je n’ai jamais vu une équipe aussi professionnelle. Et le film est superbe.

Donc vous sélectionnez vraiment des projets qui vous intéressent ?
C’est une rencontre… mais je ne le fais pas souvent. Je le fais peut-être tous les deux ans ou sur un coup de tête. C’est une question de rencontre.

Qu’est-ce qui vous plaît particulièrement dans votre métier ?
J’aime toujours ce que je fais. Si on aime pas ce que l’on fait, on ne le fait pas. Chaque personnage qu’on joue, il faut l’aimer pour le défendre, même s’il est mauvais. J’ai fait une vilaine dans Alice Nevers [7], mais cette femme je me suis obligée à l’aimer pour la défendre, parce que si ça n’avait pas été le cas, je n’aurais pas pu la faire vivre.

Avez-vous un rapport particulier avec le format court-métrage ?
Je trouve qu’en fait, le court-métrage c’est comme une nouvelle par rapport au roman, on ne raconte pas les mêmes choses dans l’un ou dans l’autre. Ce sont deux formes d’expression différentes, si on demande d’écrire quelque chose en trois minutes on ne va pas l’écrire en trois jours et on ne va pas développer le sujet de la même manière.

Nous sommes très fier·e·s de vous accueillir cette année, car c’est la première fois que le festival Objectif Censier a une marraine. C’est aussi une première pour vous dans ce rôle, qu’est-ce que cela vous fait ?
Moi je suis contente, j’aime bien les initiatives, j’aime bien ce qui est dynamique et les gens qui vont de l’avant, qui font des choses. J’ai trouvé ça frustrant quand j’ai appris que c’était l’un des rares ateliers techniques à votre disposition, dans une formation majoritairement théorique, alors qu’on aime le cinéma et qu’on a envie d’y foncer. On voit des films tout le temps, on les analyse, on étudie leur fabrication de A à B… mais au final on veut forcément plonger dedans. Heureusement je pense qu’à côté il y a des moyens de s’amuser, que certains étudiants s’amusent à faire le 48 Hour Film Project par exemple, en vérité il y a plein de choses à faire, ne serait-ce que pour soi-même.

Qu’est-ce vous évoque le thème de cette 13ème édition d’Objectif Censier, celui du vertige ?
Le vertige c’est là où l’on a pas pieds. Moi j’ai le vertige. Quand on monte, disons, plus haut qu’une échelle et que l’on se retrouve devant un chemin avec un précipice sans barrière, le vertige peut soit t’immobiliser, soit te pousser à réaliser un acte insensé. Ça va dans les deux sens. Mais le vertige c’est quelque chose qui te fait tourner la tête, l’estomac et qui finalement, dans toute son étrangeté, te convainc de ton propre équilibre. En fait, avec le vertige on part dans un déséquilibre.

Pour finir, est-ce que vous avez un mot pour les étudiant·e·s participant au festival ?
Il faut qu’ils continuent, qu’ils en fassent d’autres, faut y aller quoi. Il existe plein de concours de court-métrages, il ne faut pas hésiter. De toute façon, ce qu’on fait soi, personne d’autre ne peut le faire. Ce qu’un groupe fait, aucun autre groupe ne peut le faire, parce que la création vient justement d’un groupe. Ce qui ne sera pas fait par cette étudiant·e là, personne d’autre ne le fera à sa place. Donc il faut y aller, il faut toujours aller de l’avant.

Propos recueillis par Alexandre Carretero


Notes

[1] Metteur en scène de théâtre, comédien et professeur d’art dramatique réputé ayant mis en scène Jean-Pierre Bacri, Claude Brasseur, Danielle Darrieux ou encore Jeanne Moreau. Il lança la carrière de beaucoup d’autres actrices et acteurs célèbres.
[2] Terme désignant des pièces de théâtre jouées l’après-midi et souvent le week-end.
[3] Troupe créée par Gilbert N’Doulou M’Bemba et Ferdinand Batsimba mêlant théâtre, danse et chanson tout en revisitant par la culture africaine des œuvres comme celles de George Brassens ou de Boby Lapointe.
[4] L’auberge espagnole (2002), Les Poupées russes (2005) et Casse-tête chinois (2013).
[5] Court-métrage écrit et réalisé par Violette Gitton, sorti en 2019.
[6] Film écrit et réalisé Céline Sciamma, sorti en 2011.
[7] Alice Nevers, le juge est une femme (saison 14, épisode 5 – 2016).