Liam, portrait d’un jeune décorateur

Portrait de Liam, jeune décorateur

Décor du clip “+ de moi/+ de toi” du groupe Aplusetdims, photo par Lisa Guetrot

 « Le vertige c’est avant tout la peur de l’inconnu. Je n’ai pas nourri cette peur, j’ai préféré m’y jeter. À l’arrivée, j’y ai découvert de belles choses. »


Aujourd’hui je vous propose de partir à la rencontre de Liam, jeune décorateur faisant ses premiers pas dans le monde vertigineux du cinéma.

J’ai rencontré Liam au début de mes « années lycée » par le biais d’une amie. Après l’obtention du baccalauréat, il continue ses études à l’université de Tours, en langue puis en sociologie, tandis que j’emménage à Paris pour étudier le cinéma. Ses études ne lui plaisent pas vraiment, le futur est informe mais une première expérience va venir en dessiner les contours. Une nouvelle chose nous rassemble aujourd’hui, notre découverte du métier de décorateur.
 Nous n’essaierons pas ici d’expliquer en détail ce qu’est le métier de décorateur mais plutôt de partager notre expérience sur ses débuts.
 Liam est actuellement troisième assistant décoration. Pour l’instant, il est plus souvent proche des chefs.ffes constructeur.rice et des accessoiristes de plateau. Il intervient en amont du tournage, lors de la préparation où l’on fabrique et aménage le décor, puis pendant le tournage pour les réajustements et un peu après lorsqu’il s’agit de débarrasser et ranger le décor.

Liam ne s’est pas retrouvé complètement par hasard dans ce milieu. Son père est rippeur depuis près de 30 ans. Le rippeur est en quelque sorte le déménageur de l’équipe déco. Très souvent au volant de son camion, il s’occupe de l’enlèvement, ou autrement dit, d’aller récupérer les meubles et tout autre objet chez les fournisseurs. Il les amène ensuite sur le décor pour les installer. À la fin du tournage, il désinstalle et stocke éventuellement certains éléments ailleurs. Sur de plus petites productions, il peut s’occuper de récupérer les matières premières à l’élaboration d’un décor (bois, ferronnerie…) et il peut jouer le rôle « d’homme à tout faire » sur le plateau (bricolage, retouche de peinture…). C’est un métier qui peut s’avérer difficile physiquement et moralement, pour différentes raisons souvent communes au métier de la décoration et du cinéma plus largement.
 Lors de notre entretien, on évoque dans un premier temps le rythme de travail. En effet, il ne faut pas compter ses heures et le rythme est intense. On peut estimer une semaine de travail à environ 39 heures (officiellement), bien que les journées de travail s’élèvent en réalité à 10 heures en moyenne (concernant Liam et me concernant). Cela occasionne de la fatigue et du stress et pour le cas des rippeurs par exemple, le corps s’abîme. C’est un métier pour lequel on vend son corps, sa force physique, un métier ouvrier à l’origine.
L’intermittence est aussi à l’origine de la fatigue morale. Pour valider son statut d’intermittent et continuer de gagner de l’argent en période de creux, il est nécessaire de valider un certain nombre d’heures de travail, 507 par an environ. Une des choses qui nous paraît alors essentielle pour travailler dans ce milieu, c’est d’entretenir son réseau pour multiplier les opportunités de travailler. Liam ajoute que pour lui « ce n’est pas toujours facile d’aller vers les gens, mais il faut se forcer un peu, sortir de sa zone de confort, ne pas hésiter à prendre des nouvelles des gens avec qui l’on a travaillé dans le passé ».

Lorsqu’il a commencé, sa vision du cinéma a beaucoup changé. Il ressent dans un premier temps un certain désenchantement lié au fait que la production d’un film répond souvent à une logique capitaliste. Pour aborder cela dans la perspective de la décoration, un décor et les éléments qui le composent sont souvent construits spécifiquement pour un film, puis ils sont très souvent jetés par la suite. C’est l’occasion à la fin d’un tournage, pour pallier à cela, de récupérer ces éléments chez soi pour s’en resservir plus tard. C’est à ce moment de notre discussion que Liam me montre fièrement, trônant sur une étagère, son lumineux taxi.
Malgré tout cela Liam est ravi de découvrir ce milieu. Le cinéma reste un domaine artistique et très humain. Il est évident que le courant ne passe pas systématiquement avec toutes les équipes de travail mais il en retire tout de même le sentiment d’appartenir à une deuxième famille. Même si les journées sont longues, c’est toujours un plaisir pendant les moments de pause d’aller aider quelqu’un de l’équipe en difficulté. Il trouve souvent de la convivialité dans l’adversité. Tout le monde est dans le même bateau, ensemble pour concrétiser un projet commun.

Pour finir Liam me donne un archétype du décorateur. Il différencie bien évidemment les concepteurs et les faiseurs, mais ces gens restent néanmoins des bons vivants, qui exercent ce métier par passion, ils s’amusent à faire ce qu’ils font.
Liam ne regrette pas de s’être jeté vers l’inconnu. Il a gagné en confiance et en a tiré des bénéfices malgré les craintes qu’il ressentait face aux difficultés engendrées par ce type de travail. Il me confie finalement que :  « C’est un métier dans lequel je m’investis tellement sur le moment, que ça me fait oublier les problèmes de la vie ! »

                                                                                                                                                                                           Rédigé par Lisa Guetrot