In Search of Darkness,
disponible sur Shadowz

Avoir une vision globale de l’histoire du cinéma d’épouvante peut souvent être compliqué car, bien que de plus en plus de chercheurs s’y intéressent, il reste rarement étudié. On le retrouve alors morcelé pour illustrer certains concepts cinématographiques spécifiques comme le hors-champ ou le found footage, mais les ouvrages sérieux le décortiquant précisément ne font pas bénéfice d’une visibilité conséquente. Heureusement, ce vide vient d’être en partie comblé par la plateforme de streaming Shadowz, ajoutant à son catalogue In Search of Darkness, documentaire-fleuve réalisé par David A. Weiner en 2019 et retraçant l’évolution du cinéma d’horreur au long des années 1980, prolifiques pour le genre aux États-Unis.

Promis à devenir une référence dans sa catégorie, il mobilise un nombre impressionnant de figures phares ou cultes du milieu intervenant à l’occasion : John Carpenter, Barbara Crampton, Brian Yuzna ou encore Gregory Nicotero. Visant une diversité de professions, les entretiens composent la majorité du film avec un bel effectif d’extraits vidéos, en résulte ainsi quatre heures trente de visionnage, intelligemment divisées en quatre parties sur Shadowz afin de rendre le tout plus digeste. Produit grâce une campagne de crowdfunding réussie sur Kickstarter et Indiegogo atteignant plus de 300 000 €, il arbore une esthétique soignée avec générique classieux, montage dynamique, des interviews et archives en haute définition ce qui ravira les amateur·ice·s de bonus vidéos, habitués à des contenus à l’esthétique plutôt hasardeuse.

In Search of Darkness suit donc chronologiquement la décennie quatre-vingt et se décompose en plusieurs thématiques, sa construction efficace ne nous fait pas perdre le fil, tout en se concentrant sur des œuvres bien définies, développant ce qui fait leur intérêt. Tour de force en vue de la quantité de témoignages et d’informations, le documentaire parvient de surcroît, à parler en survol des grandes mutations de l’industrie de l’horreur, principalement l’apparition du marché de la VHS, mais aussi l’essor et l’importance de la revue Fangoria et des communautés de fans. Dans les films présentés, on compte le travail de cinéastes majeurs comme Tobe Hooper, Sam Raimi, ou George A. Romero afin de nous faire comprendre l’impact qu’ils ont pu avoir chez leurs confrères et le public. Les deux dernières parties du documentaire se concentrent sur les détails techniques, elles sont dédiées au rôle majeur des effets visuels et du son (bruitages ou bandes originales), des secrets de fabrication et autres anecdotes passionnantes à l’appui. D’une autre part, l’abondance de films bizarroïdes, aberrants, ou juste grotesques apporte une dose non négligeable d’humour à l’ensemble, les intervenants faisant preuve d’une très agréable distanciation par rapport à certaines de ces productions.

Ce qui pêche cependant dans In Search of Darkness vient de sa grande générosité à double tranchant, en voulant nous présenter parfois un peu trop de films. On peut facilement se sentir submergé d’informations, certaines peu pertinentes comme d’uniques réactions émotionnelles ou un bref résumé de synopsis, ce qui laisse malheureusement d’autres œuvres majeures sur le carreau. Le travail de recherche aurait également mérité plus de rigueur en vue de la longueur du film, notamment pour la partie dédiée au slasher, sous-genre dont la création est beaucoup trop facilement rattachée à l’immense Halloween (John Carpenter, 1978) qui le popularisa et occultant son passif, ses influences antérieures ; pareillement pour l’influence importante de Stephen King au sein de l’épouvante ou l’histoire de sociétés indépendantes cultes qu’on a pu voir mieux expliquées. Enfin, les thèmes de la représentation de la femme et des afro-américains sont timidement abordés, bien que de rares morceaux de bravoure soient cités : Laurie Strode dans Halloween, Kirsty Cotton dans les deux premiers Hellraiser (Clive Barker, 1988), Ken Sagoes dans la saga des Freddy. On se réjouit, par exemple, trop facilement des exceptions où une femme défie son agresseur… mais ça ne suffit pas à en faire une héroïne féministe, d’autres paramètres sont nécessaires. Ces inégalités presque jamais abordées dans ce type de documentaires, en partie liées à leur époque de production où les mentalités y étaient encore moins sensibilisées qu’aujourd’hui, auraient méritées d’être plus fouillées, à ce sujet, Alien (Ridley Scott, 1979) fait d’ailleurs partie des grands oubliés.

Si à mon sens il est abusivement décrit comme “la Bible du cinéma de genre”, notamment parce qu’il couvre une décennie choisie et que le cinéma de genre appartient à une histoire bien plus vaste, In Search of Darkness reste un objet de qualité dont l’exhaustivité permet de découvrir, entre autres chefs-d’œuvre, des films aujourd’hui oubliés et les coulisses de leur fabrication. Au vu de son succès, on se réjouit qu’un second opus soit en pleine préparation avec au casting l’actrice Nancy Allen et le maquilleur/artiste en effets spéciaux Tom Savini. Retraçant de nouvelles perspectives comme les adaptations de films d’horreur en jeux vidéos, In Search of Darkness II parviendra peut-être à revenir sur les quelques défauts précédemment cités.

Rédigé par Alexandre Carretero

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