Régie en temps de Covid, entretien avec Romain Abadjian

La régie au temps du Covid,
entretien avec Romain Abadjian

Le covid a modifié la manière dont se passait les tournages. Plus de bières au cul des camions,  plus de fête de fin de tournage, plus de grignotage au combo,… Les liens entre les membres de  l’équipe sont plus compliqués à se mettre en place. Certaines nouvelles règles sont impossibles à  respecter comme nettoyer chaque optique avant de se les passer entre les assistant.e.s. À moins  d’en laisser une tomber au sol et perdre de très longues minutes précieuses, seul les super héro.ïne.s peuvent y arriver. Et nous ne le sommes pas (quoique). Mais le métier qui a le plus changé et le plus évolué c’est dans aucun doute le métier de régisseur.se. On  peut même dire qu’un nouveau métier s’est créé : le.la réagisseur.se Covid. Pour comprendre ce nouveau métier et l’impact plus général du Covid-19 sur un plateau, quoi de mieux que de demander à Romain, un régisseur/régisseur covid que j’ai rencontré sur le tournage de la série Voltaire, Mixte.  

Présente toi, ton nom, ton âge, ton métier  :
Je m’appelle Romain Abadjian, j’ai 31 ans et je suis régisseur dans le cinéma et depuis peu  également régisseur covid. En parallèle je suis également scénariste.

Quel a été l’impact du covid pour les régisseur.se.s ?
Vis-à-vis du covid, le principal changement est surtout qu’il est préférable d’éviter les  attroupements et que les personnes de l’équipe enlèvent leurs masques. Étant donné que l’on tourne parfois dans des pièces exiguës et que souvent, les fenêtres ne peuvent pas être ouvertes vis-à-vis du son et de la lumière, les risques vis-à-vis du covid. Pareil pour ce qui est de se nourrir ou boire en intérieur, il faut limiter au strict minimum et seulement autoriser de boire de l’eau. Toute autre restauration doit se faire dehors ou en intérieur mais pas sur le décor.

Par exemple, sur Voltaire, Mixte, quelle était ta tâche exactement ?
Sur Voltaire, Mixte, la dernière série que j’ai faite en tant que régisseur covid en Charente, nous  étions une équipe complète de 8 personnes entièrement dédiée au covid : 5 personnes sur le  terrain, 2 au bureau et 1 infirmier. Au fil du temps nos tâches ont évolué vu que c’est un tout nouveau métier et qu’il faut s’adapter  aux nouvelles demandes ainsi qu’aux découvertes liées au covid dans l’actualité. Nous donnions principalement des masques le plus souvent possible, ainsi que du gel hydroalcoolique à l’équipe. Pour les comédiens, nous avions à disposition des visières en plastique qui n’abîmaient pas le maquillage et que nous leur enlevions avant chaque plan et que nous leur redonnions ensuite.  En concertation avec la régie normale nous avons également distribué des bouteilles d’eau, et  nous étions garant qu’aucune personne ne mange sur le décor. Le but étant vraiment d’éviter que  les points de contact et les possibles clusters. Notre infirmier testait toute l’équipe chaque semaine sans exception.

Comme tu as fait tout le tournage, est-ce que tu peux raconter l’évolution du tournage à  cause du covid?
Le plus compliqué a été de se faire accepter par l’équipe.  Les débuts étaient très compliqués et certaines personnes ne nous prenaient pas au sérieux. Il a  fallu s’imposer petit à petit en expliquant aux gens l’importance des gestes barrières et ce que  peut engendrer des cas covid pour le tournage (dans le meilleur des cas, un remplacement, dans  le pire des cas une interruption du tournage voir un report ou annulation s’il y a cluster). Dès le début du tournage un acteur a été testé positif et le tournage a été interrompu une  semaine.

Peux-tu nous donner des exemples de règles que vous deviez faire respecter ?
On avait un protocole sur le tournage : pas de nourriture sur le décor, port du masque obligatoire partout (tolérance dehors si éloigné des autres personnes), lavage de main obligatoire, nettoyage  d’appareils qui peuvent être touchés par plusieurs personnes (accessoires de jeu, retour vidéo,  chaises…).
À la cantine : pas plus de quatre à table et tout le monde séparé par des plexiglasse donc, un plus gros barnum cantine à installer et c’est plus long car les buffets sont également interdits et ce sont les  cantiniers qui servent.
En dehors du tournage : pas plus de deux personnes par voiture donc plus de voitures à louer. Chacun doit avoir sa propre chambre et douche donc plus de logement à louer également

Est-ce que l’ambiance du tournage a été affectée à cause du tournage?
Le port du masque et les règles établies pour le covid ont été assez pénibles pour l’équipe mais dans l’ensemble l’adaptation s’est bien faite. Les gens avaient déjà adopté les bons réflexes. Les tests PCR hebdomadaires n’ont pas plu à l’équipe même si notre infirmier faisait son maximum pour que l’on ne souffre pas. Sinon en cette période covid, quasiment impossible de faire des pots d’équipe ou des fêtes de fin de tournage, ce qui affecte encore plus les conditions difficiles de tournage.

Et toi, ce « nouveau » métier, tu l’as vécu comment ?
Personnellement ce nouveau poste est nettement moins fatiguant physiquement qu’en régie normale.
Mais la fatigue mentale est bien présente. Il faut être constamment à l’affût pour surveiller si le protocole est respecté et devoir dans certains cas négocier avec les acteurs ou techniciens pour certaines demandes ou refus.

Est-ce que tu veux nous raconter une anecdote en lien avec le tournage ?
Au final en quatre mois de tournage il y a eu très peu de cas covid sachant qu’il y avait beaucoup d’aller venus depuis Paris et autres villes, et que certains jours on était 150 en tout. Malgré deux interruptions et de multiples décalages et plan de travail (dont deux semaines en double équipe) les clusters n’ont jamais eu lieu et les assistants réalisateurs se sont bien cassé la tête pour qu’on puisse finir cette grande aventure. C’est beau 🙂

 

Propos recueillis par Louna Lafaurie

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