Critique : COMA, Bertrand Bonello (2022)

COMA de Bertrand Bonello (2022), qu’est-ce qu’on en pense? 

Affiche Coma

Le nouveau film de Bertrand Bonello (qui a notamment présenté Saint-Laurent en sélection officielle à Cannes en 2014) est un kaléidoscope de formes filmiques, de jeux de mise en scène et d’animation qui nous envoient tout de suite dans un univers semi-réel, quasiment rêvé, comme nous l’indique le titre du film : Coma.

Philipp

Coma est l’histoire d’une jeune fille enfermée chez elle pendant la période de Covid (la cause de l’enfermement n’est pas mentionnée dans le film mais on le devine aisément grâce à notre propre expérience de la pandémie), perdue entre isolement et recherche de liberté. Elle tombe sur les réseaux sociaux de Patricia Coma qui, à travers ses vidéos sur internet et son jeu nommé « révélateur », influence le personnage principal, jusqu’à la suivre dans la rue grâce à des caméras de surveillance, et même se présenter dans ses rêves. Le tiraillement et le néant émotionnel de la jeune fille, symbolisé par les nombreux changements entre des images réelles, des images d’animation ou encore la maison de poupées dont elle semble interpréter les voix dans sa tête, créent une confusion narrative dans sa quête de liberté, qu’elle semble abandonner puis retrouver brièvement vers la fin du film. 

Hormis la structure narrative perturbante et finalement sans véritable aboutissement, les différentes techniques utilisées pour traduire le monde intérieur du personnage principal (animation, stop motion, prises de vues réelles, voix off…) sont tout de même la principale attraction du film, qui donnent au film tout son caractère. Bertrand Bonello arrive à mettre en scène  l’expérience de la jeune fille en tant que prisonnière perpétuelle (dans sa chambre, dans la rue, dans ses rêves, sur internet) grâce à tous ces effets visuels. 

Coma arrive à retenir par la forme et la longueur (seulement 1h20), mais la narration et l’enjeu manquent tout de même de saveur, comme si le réalisateur s’était lui-même égaré dans cette atmosphère d’isolement fatal. 

Aodren

Sur Twitter, on retrouve souvent des comptes demandant de résumer un film avec le moins de mots possibles. Soit un tweet, une dizaine de mots, une suite d’émoji ; et parmi tous ces défis, je pense que si l’on me demandait de raconter COMA en un mot, je dirais chaotique.

Chaotique dans le sens où ce film est imprévisible, durant les 80 minutes de visionnage, le seul événement que j’ai pû prévoir était la séquence clip, pouvant évoquer Mauvais Sang (Leos Carax). Si le tout est si imprévisible, c’est parce que Bonello jongle entre prises de vues réelles, images d’archives de Deleuze, animation, stop motion, images de reportages sur des catastrophes naturelles, le tout sans forcément de cohérence apparente. Pour rendre le tout encore plus chaotique, Bonello a décidé de changer la façon de faire les prises de vues réelles; on retrouve des plans à la troisième personne, en vue à la première personne, des podcasts vidéos, des échanges zoom ou des écrans de caméras de surveillance. Et pour finir, le chaos se retrouve aussi dans les thèmes que le film porte : les tueurs en série, le mystique, la mort, le rêve, la douleur, etc. Il faut savoir que tout n’a pas été listé, il y a encore d’autres éléments qui supportent ce chaos (dont certains que j’ai pu oublier, alors même que je sors seulement récemment de la séance).

La question que j’ai créée et à laquelle j’essayerais de répondre est donc : Pourquoi autant d’éléments, et pourquoi les entremêlés? Ma première réponse, et peut-être la plus simple, consiste à dire que le bordel invite les spectateurs à réfléchir sur le film, à les obliger à se pencher dessus afin d’en débattre. Dire cela me permet par ailleurs d’atténuer mes propos suivants en insistant sur le fait que ma vision ne vaut pas mieux que celle de quiconque.

De ce fait, le thème du film concerne le cinéma et ma réalité. C’est en tout cas la conclusion que j’ai eu après avoir mis mes pensées sur papier. Lorsque j’ai cité les thématiques du film, j’ai fait exprès d’oublier les deux thèmes principaux, le libre arbitre et l’enfermement. Notre protagoniste (Louise Labèque), sans nom, se balade toujours avec un révélateur (que j’appellerai Simon pour faciliter la compréhension). Malgré tous les essais qu’elle fait, elle ne se trompe jamais de suite de couleurs, le film n’hésite pas à souligner cet élément, nous rappelant sans cesse que les actions de la fille sont déterminées, et donc qu’elle n’a pas de libre-arbitre. Le libre arbitre est aussi présent sous la forme des poupées (que j’appellerai Barbie et Ken pour faciliter la compréhension) que la fille possède. Les propos des poupées sortent d’un texte provenant de l’imagination ou de la vie de la fille, les poupées sont donc montrées comme dépendantes de sa vie. Tandis que l’enfermement est surtout caractérisé par la période du film, qu’est la covid. Tous les autres thématiques viennent en support à ces deux thèmes.

Selon moi, ils définissent très bien une chose, c’est la situation d’un personnage de film. Sans libre arbitre car sa vie et ses interactions dépendent d’un scénario (comme les poupées) et enfermé parce qu’un personnage ne peut sortir de son film. Bonello a recourt pour cela à la mise en abyme. La mise en abyme se trouve déjà sur la relation entre la fille et les poupées (où la fille projette des dialogues qu’elle a eu sur Barbie), mais aussi sur les moments où on voit la fille observer des caméras. Au même titre qu’elle surveille ses poupées, d’autres personnages la surveillent (à travers des écrans). Ces surveillants s’énervent par ailleurs lorsqu’ils perdent la jeune fille de leurs caméras, comme s’ ils avaient peur qu’elle prenne conscience de sa situation et qu’elle s’échappe. Une autre surveillance a lieu lors d’un appel zoom que notre protagoniste a avec ses amies, où toute la conversation est observée par le personnage de Patricia Coma (Julia Faure). D’ailleurs, elle observe le zoom assise tranquillement dans une salle de cinéma (vide). Coma constitue un personnage intéressant pour une mise en abyme. Comme elle est une youtubeuse, elle s’adresse continuellement à une caméra. Au premier abord, elle s’adresse à la fille, cependant rien n’empêche de comprendre qu’elle s’adresse à nous-même. D’ailleurs, c’est un personnage observé (par son statut de youtubeuse) qui se retrouve à observer notre protagoniste.

Le film se termine lorsque le Simon est jeté par notre personnage, qu’elle va dans un monde (rêvé ou réel ?) où il n’a plus de pouvoirs. Elle finit donc par “prendre conscience” de sa situation et essaie de s’en séparer. Les guillemets ne sont pas là pour rien, Simon finit par atterrir chez Barbie et Ken. Personnages qui, rappelons le, sont une projection de la fille. Comme si elle ne pourrait jamais s’en séparer.

Toute cette analyse vient du fait que j’ai remarqué le chaos et l’intersection de plusieurs éléments qui constituent le cinéma (animation, stop motion, prise de vues réelles…) qui m’a fait penser que le film portait un discours utilisant son propre milieu. En utilisant la situation du covid-19 (ce qui est finalement assez dommage, le film sortant post-confinement rend moins impactant le discours), Bertrand Bonello nous rappelle que nous ne sommes pas différents des personnages d’un film, et que nous ne sommes pas supérieurs à eux. Mais qu’il faut justement essayer de se réveiller et de sortir de notre condition.

Note de la rédaction : 5/10

Pour voir la bande annonce du film : 

Un article écrit par Philipp Polishchuk et Aodren Roth.

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